mardi 30 décembre 2014

JOYEUSE ANNÉE 2015


Le Conseil d'administration de la Société d'histoire du Haut-Richelieu offre ses meilleurs vœux de santé, bonheur et prospérité aux membres et amis de notre association de même qu'à tous les citoyens de la communauté.

Que votre année 2015 soit riche en réminiscences, souvenirs et patrimoine préservé.

 

mardi 16 décembre 2014

UNE PREMIÈRE EN AMÉRIQUE DU NORD


Saint-Cyprien est décidément un formidable creuset de personnages hors du commun.

Il y a eu Louis Cyr, bien sûr, l’homme le plus fort du monde, les sœurs Coupal, écrivaines renommées et des Patriotes notamment.
 
Wilfrid Derome

Voici maintenant Wilfrid Derome, le scientifique qui a introduit la médecine légale partout en Amérique du Nord et qui a construit le 3e Institut médico-légal au monde, tout de suite après ceux de Paris et de Lyon.

Wilfrid Derome est né, dans le rang des Patriotes à Saint-Cyprien, le 19 avril 1877.

Reçu médecin en 1902, il devient rapidement chef des laboratoires de l’hôpital Notre-Dame, installé à cette époque dans l'ancien hôtel Donegana, et il est fréquemment appelé à témoigner devant les tribunaux, vue la proximité du Palais de Justice.
 
Premier hôpital Notre-Dame
Or, la France est en pointe en matière de criminologie et de médecine légale.

En 1908, donc, il s’inscrit au cours du célèbre Victor Balthazard, à Paris, où, durant deux ans, il va s’initier à la balistique.

Lomer Gouin
Revenu à Montréal, il fait le siège assidu du gouvernement de Lomer Gouin jusqu’à obtenir la fondation du « Laboratoire de recherches médico-légales » (qui sera inauguré en 1914, il y a cent ans), le premier en Amérique du Nord et le 3e au monde.


La réputation de l’établissement est telle que le directeur du FBI de l’époque, J. Edgar Hoover, viendra  à deux reprises visiter ses installations et y glaner de quoi équiper ses propres services.

Toutes ces activités n’empêchent pas le Dr Derome de vouloir transmettre son savoir et c’est ainsi qu’il va publier trois manuels qui auront un fort retentissement : Précis de médecine légale (1920), Lieu du crime (1928) et Expertise en armes à feu (1929).



Il décède en 1931, à l’âge de 54 ans.

Longtemps quelque peu oublié, le docteur Derome a vu son mérite pleinement reconnu, en 2001, lorsque l’édifice du 1701, rue Parthenais, à Montréal, a été désigné Édifice Wilfrid Derome.


Comme il se doit, il s’y trouve non seulement le siège de la Sûreté du Québec, mais aussi ce qui s’appelle désormais le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale.

mardi 9 décembre 2014

LA MARRAINE DE CYRILLE



Le 28 juin 1914, le Serbe Gavrilo Princip assassine l'héritier du trône austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse, et, du fait des alliances militaires, plonge le monde entier dans une des pires boucheries de l’histoire humaine.

Très rapidement, la vie des tranchées impose aux soldats des stress psychologiques souvent intolérables.

Pour maintenir le moral des troupes belges, l’idée vient au lieutenant Dorlodot de créer, dès le mois d’octobre 1914, l’ŒUVRE DES MARRAINES DE GUERRE.

Il s’agit de demander aux femmes restées à l’arrière d’ « adopter » un soldat, d’entretenir une correspondance avec lui et de lui envoyer diverses petites fournitures afin de lui éviter le désespoir lié à l’isolement affectif.

L’idée connaît un succès immédiat et les demandes de marraines venant des soldats dépasse rapidement l’offre belge et se répand d’abord en France où naît LA FAMILLE DU SOLDAT, au début 1915, pour assurer le même service.

Mais l’offre ne suffisant toujours pas, le Bureau de la correspondance belge (qui assure en même temps la censure de guerre) fait paraître des annonces dans les principaux journaux d’Amérique du Nord afin de recruter des « marraines ».

Blanche Bessette
Une telle demande a trouvé écho chez nous alors que Blanche Bessette, dramaturge, journaliste et institutrice d’Iberville, a accepté de mettre sa jolie plume au service du moral du soldat Cyril Callewaert.

Blanche avait en effet l'habitude de l'écriture et savait tourner de fort pimpantes et agréables phrases, habileté qu'elle avait peut-être acquise au Couvent de la Congrégation d'Iberville.
Congrégation de Notre Dame - Iberville
Cette correspondance de guerre a été recueillie par la SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DU HAUT-RICHELIEU.

On y trouve, outre les banalités sur le temps qu’il fait et le désir de voir une fin rapide à la guerre, l’amorce d’une idylle chez la jeune Blanche qui se voyait de plus en plus volontiers épouse d’un soldat auréolé de hauts faits d’armes.

Dans ce but, elle propose, dès la guerre finie, d’aller rejoindre le « beau » Cyrille chez lui, mais ce dernier la dissuade fermement.

Et pour cause… Il a déjà une fiancée qu’il va d’ailleurs rapidement épouser et Blanche n’a évidemment pas de place dans son avenir…

Le choc est rude, et Blanche attendra encore 7 ans avant de songer au mariage (le 31 août 1927 avec Rodolphe Chouinard).

Elle s’éteindra à Montréal le 24 octobre 1985, âgée de près de 92 ans (étant née le 15 novembre 1893).

mardi 2 décembre 2014

NAPIERVILLE DISPARAÎT...



Au Québec, le régime municipal doit son existence à la révolte des vaillants Patriotes qui se sont levés en 1837 et 1838 pour combattre la corruption et la gabegie des forces d’occupation.
 
Dépêché sur place par Londres pour trouver les moyens de faire disparaître les Canadiens-français, John George Lambton, comte de Durham, propose entre autres la création d’organismes qui seraient chargés d’administrer chemins, routes et rues.


Ceci permettrait de passer outre à la volonté des députés – tous Canadiens français – qui ne veulent pas laisser les forces coloniales dépenser les impôts à leur guise.


De tâtonnement en tâtonnement, la «clique du château[1]», comme on l’appelait à l’époque, fera imposer 4 lois entre 1840 et 1855 pour contourner l’assemblée législative et faire émerger les premiers balbutiements du régime municipal.


En application de ces lois, Saint-Cyprien naît le 1er juillet 1845 et son territoire couvre toute la paroisse du même nom, y inclus Napierville.  


Mais des notables de cette agglomération, peu désireux de financer des services dans les rangs, s’entendent pour demander la séparation d’avec ce qu’ils appellent la campagne.  


À la suite d’un cheminement laborieux, Napierville apparaît donc,  le 21 février 1855, grâce à un décret du gouverneur.


 En 1855, chacun des deux villages a maintenant son conseil municipal et chacun vaque à ses occupations, adopte des règlements de régie interne, d’entretien des routes et fossés, de la vitesse à respecter («au trot ordinaire»), etc.


Puis, patatras, le 14 avril 1856, le Conseil municipal de Napierville est convoqué à une réunion spéciale :

À une session spéciale du Conseil municipal du Village de Napierville, dûment convoquée par avis donné à tous les membres  et tenue au lieu des séances ordinaires dudit Conseil, dans le dit village de Napierville, le quatorzième jour d’avril mil huit cent cinquante-six à sept heures de l’après-midi;

Joseph-Gaspard Laviolette, maire de Napierville
Présents          Joseph-Gaspard Laviolette, Maire, Grégoire Racicot, Toussaint Catudal, Joseph-Raymond Crépeau, Louis Marceau, François-Xavier Monast, François-Raymond Morrier, Conseillers;

Proposé par J-R Crépeau, secondé par Toussaint Catudal, que le Conseil du Village de Napierville, ayant pris communication d’une proclamation de son Excellence décrétant l’abolition de la municipalité du susdit village et son annexion à la municipalité de la paroisse de Saint-Cyprien adresse à J.O. Bureau Ecr.[2], représentant du Comté de Napierville la lettre suivante afin de le prier de bien vouloir bien employer tous les moyens en sa disposition pour nous procurer une copie de tous les documents qui ont servi de base à la décision de l’exécutif dans cette affaire. 
  
 La dite proposition passe à l’unanimité.
 

Après quoi les procédés dudit Conseil furent ajournés au premier lundi de mai prochain à sept heures de l’après-midi.                                                                                                       
 J-G Laviolette, Maire                                                                       
 Jos Brunelle, Sec. Trés.   
        [3]           

N’ayant pas eu gain de cause, le conseil se réunit un peu plus tard pour prendre quelques mesures conservatoires, notamment pour percevoir les dernières créances et pour mettre en vente le mobilier de sa salle de conseil...


Et puis, le 30 décembre 1856...

   À une session spéciale du Conseil municipal du Village de Napierville, dûment convoquée par avis spécial donné à tous les membres  et tenue au lieu des séances ordinaires dudit Conseil, tenue, le trentième jour de décembre mil huit cent cinquante-six à sept heures de l’après-midi, où les membres suivants sont présents, savoir :

                                                              
 
Présents          Joseph-Gaspard Laviolette, Maire, François-Xavier Monast, Louis Marceau, Toussaint Catudal,            
Sur motion du Conseiller Louis Marceau, secondé par le Conseiller Fr. X. Monast, il est résolu :

[...]

Après quoi les procédés dudit Conseil furent finis.

Jos Brunelle, Sec. Trés.                                             J-G Laviolette, Maire


Ce sont là les derniers mots du dernier procès-verbal de ce conseil.  Notons qu’à cette ultime réunion, 3 conseillers ont brillé par leur absence : Grégoire Racicot, Joseph-Raymond Crépeau, François-Raymond Morrier.


Selon l’historien Lionel Fortin[4], la disparition de la municipalité de Napierville aurait été tramée en catimini par l’ancien – et premier – maire de Napierville, le notaire Antoine Merizzi.   

Ce dernier aurait discrètement fait circuler une pétition à cet effet avant de l’acheminer avec succès aux bureaux du gouverneur.


La dissolution de Napierville et son annexion par Saint-Cyprien entreront officiellement en vigueur le 1er janvier 1857, et, dès le 5 janvier, le conseil de Saint-Cyprien siège comme si de rien n’était :
 
L'édifice de comté hébergeait la mairie à cette époque.
À une session générale et mensuelle du Conseil municipal de la paroisse de Saint-Cyprien tenue au Palais de Justice au village de
Napierville au lieu ordinaire des séances en la paroisse de Saint-Cyprien, lundi le cinquième jour de janvier de l’année Mil huit cent cinquante sept, conformément aux dispositions de « l’acte des municipalités et chemins » de 1855 à laquelle assemblée sont présents Julien Grégoire Ecr Maire dudit Conseil, Hubert
Julien Grégoire, maire de Saint-Cyprien.
Grégoire Ecr, Pierre Cyr, Noël Boudreau, Louis Lussier et Julien Rémillard, membres dudit Conseil et formant un quorum d’icelui.  Le dit Julien Grégoire présidant comme Maire le dit Conseil, le dit Conseil par les présentes ordonne et fait le règlement suivant, savoir :


Règles & Règlements  du Conseil municipal de la paroisse de St-Cyprien, etc. etc.

Le régime commun durera jusqu’au 1er janvier 1873.

Puis la querelle des services à assurer dans les rangs reprend de plus belle et les gens de Napierville entreprennent à nouveau de se replier sur leurs intérêts immédiats.   

Des démarches pour obtenir la séparation des deux entités débutent dès 1871 et aboutiront 2 ans plus tard.


Cette fois-ci sera la bonne et, depuis, tant Saint-Cyprien que Napierville mènent leur barque de façon distincte et appropriée aux besoins de leurs commettants.


Longue vie aux deux!






[1] La clique du château désigne un regroupement de profiteurs proches du gouverneur et lui dictant ses décrets.
[2] Écuyer : c’est un titre de courtoisie que les Anglais se distribuaient entre eux et qui faisait plus chic que Monsieur.  Certains québécois l’ont aussi singé.

[3] Tiré des procès-verbaux municipaux de la date indiquée.
[4] Saint-Cyprien et Napierville, 175 ans, 1823-1998, édité par le Comité des fêtes des 175 ans de Saint-Cyprien et Napierville.

mardi 25 novembre 2014

mardi 18 novembre 2014

SURPRISE SUR LE CHEMIN DE SAINT-JACQUES...


Décidément, les voyages ne forment pas seulement la jeunesse, mais réservent d’agréables surprises même aux aînés.



C’est ainsi que votre chroniqueur revient enchanté d’un court périple sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Parti de Meyssac, il a pu traverser Collonges-la-Rouge,

Traversée de Collonges

visiter Turenne, l’un des plus beaux villages de France,
et faire un crochet pour ne pas rater les sites archéologiques de Lascaux et des Eyzies.


Mais c’est à Rocamadour, ce haut lieu du pèlerinage, qu’il a eu sa plus grande surprise.




C’est certain que le site lui-même défie toute description et que l’imagination elle-même tombe en panne lorsqu’elle essaie de comprendre comment des ouvriers ont pu accrocher tant de bâtiments de pierre à la falaise.



Mais pour un Québécois, le site réserve un autre étonnement….




On nous avait appris que Cartier et son équipage avaient été sauvés par les Montagnais et leur décoction d’aiguilles de thuya.



Cette nouvelle version de l’histoire a tout pour surprendre.


mardi 11 novembre 2014

LA PETITE FILLE DE L’ACADIE




Le saviez-vous ?  Le premier hôpital du Madawaska, au Nouveau-Brunswick, est québécois ?

Il est bien connu qu’au 19e siècle (et même au-delà), le Québec a fourni une bonne partie de la Terre en forts contingents masculins et féminins de missionnaires.

L'Amérique du Nord, en particulier, a puissamment profité de ce mouvement et il n’est guère d’État ou de province sans trace de cette action.

Le Nouveau-Brunswick, par exemple, se félicite encore de l’engagement dont une petite fille de l’Acadie a fait preuve à son endroit.

Marie-Alphonsine Ranger a en effet fondé l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph de Saint-Basile dans le Madawaska, un établissement qui, loin d'être un simple hôpital, finira par regrouper aussi une école publique, des pensionnats pour filles et garçons, un couvent et une ferme.

Marie-Alphonsine Ranger est née à L’Acadie le 10 novembre 1846 de François Ranger, Patriote et député de Saint-Jean, et de Geneviève Bourassa, sœur du célèbre peintre et architecte Napoléon Bourassa et tante de Henri Bourassa, fondateur du Devoir.  

Entrée à Montréal chez les sœurs hospitalières de Saint-Joseph dès l’âge de 18 ans, elle y prend le nom de mère Maillet.

Premier couvent et hôpital
En 1873, elle est envoyée en mission avec 6 autres sœurs au Madawaska pour relever un couvent un peu délaissé.

Ayant des connaissances en pharmacie, elle est immédiatement recrutée sur place pour soigner les malades et conforter les indigents.

Sœur Maillet surveillant un de ses chantiers.
Ses talents se montrent si éclatants que la communauté lui laisse un peu la corde sur le cou, ce qui lui permettra, à force de ténacité et de persuasion, de faire agrandir plusieurs fois l’hôpital, de le faire construire en brique (et donc de faire construire la briqueterie nécessaire), d’ajouter des pensionnats, une école etc.

Une réussite magnifique solennellement reconnue par le gouvernement du Nouveau-Brunswick qui, en l’an 2000, désigna le tout «Lieu historique provincial», en raison de sa remarquable architecture.

Née à L’Acadie, mais de souche québécoise, Marie-Alphonsine Ranger aura néanmoins vigoureusement aidé la cause acadienne.

Elle est décédée dans sa communauté le 30 mars 1934.