mardi 30 mai 2017

AFFRONTEMENT MILITARO-CLÉRICAL


Fort Lennox


C’est bien connu :  les relations entre les Québécois et les envahisseurs anglais n’ont jamais été tendres.

La démonstration en a encore été faite en ce dimanche 1er juin 1862 à l’église de Saint-Paul de l’Île aux Noix.

Dans les troupes britanniques occupant le fort Lennox se trouvaient des soldats irlandais, autrement dit de «sombres papistes» qu’il fallait bien laisser aller à l’église du village…

On ne pouvait évidemment pas les laisser vaquer à leur culte tout seuls et un officier protestant les accompagnait toujours.


En ce dimanche, au moment de l’élévation de l’hostie, toute l’assistance s’agenouille sauf l’officier tout imbu de l’incomparable suffisance anglaise.

Au gendarme qui lui enjoint de respecter le rituel, il répond même avec une solide gifle et porte la main à la baïonnette à ses côtés.

Le curé Georges-Denis Lesage (curé de 1861 à 1880) intervient alors de toute urgence pour éviter un affrontement général et réussit à ramener provisoirement le calme.

Lors de rencontres subséquentes les occupants ne cèdent pas.

Plus, même… le curé Lesage, qui était auparavant autorisé à porter les sacrements aux soldats alités dans le fort est déclaré persona non grata et ne peut plus se rendre au chevet de ses fidèles.

Quand on pense que certaines bonnes âmes ont prétendu que l’invasion de notre pays avait été une véritable bénédiction…

mardi 23 mai 2017

FORT DANGEREUSE MÉPRISE ANGLAISE



Un citoyen de chez nous a bien failli être pendu en Angleterre en raison de l’incurie de la police britannique.

Le Franco-canadien du  24 mai 1867 nous raconte son équipée.

Le pauvre – dont l’identité n’a pas été révélée – rentrait d’un voyage en Allemagne via Liverpool, où il devait s’embarquer sur un transatlantique.

À peine arrivé dans le port que des constables – comme on les appelle là-bas – lui mettent la main au collet en l’accusant d’être un chef fénien très recherché.

À preuve, on a une photo du Capitaine Maurice, un des chefs féniens, et le pauvre Canadien français lui ressemble fort.

De plus, on a trouvé dans sa malle – ouverte avec quel mandat ?  On ne sait pas – une lettre adressée au Capitaine Maurice, preuve de plus de sa culpabilité.

La sanction de tout cela est la peine capitale, qui devrait être exécutée sous peu.
Les Féniens sont en effet des Irlandais fatigués de l’occupation militaire anglaise de leur pays et qui lui ont déclaré une guerre à finir.
Ses chefs sont donc activement recherchés et sévèrement punis en cas de capture.
Heureusement pour notre héros, il connaît nombre de personnages honorables en Angleterre et ceux-ci interviennent rapidement en sa faveur.
Ils expliquent qu’une simple ressemblance sur photo ne prouve absolument rien.
Quant à la lettre au Capitaine Maurice, il s’agit d’une plaisanterie.
Notre bonhomme a en effet incarné le Capitaine Maurice dans
la pièce l’Invitation à la valse d’Alexandre Dumas lors de son séjour allemand et depuis ce temps ses amis ne l’appellent plus que Capitaine Maurice, d’où la méprise.
Grâce à ces explications, les constables voient enfin la lumière et libèrent notre homme, lequel n’a rien eu de plus pressé que de quitter – peut-être définitivement – cette Angleterre si dangereuse.
   
Port de Liverpool.




mardi 16 mai 2017

LA DÉSINDUSTRIALISATION EN MARCHE.



Décidément, Saint-Jean aura perdu un fort nombre d’usines au cours de sa longue histoire.
 
Un tel épisode s’est presque encore produit en 1877, alors que la St Johns Glass Company, fondée à peine deux ans plus tôt, déclarait faillite.
David Yuile


Une période de grâce lui a cependant été accordée quand les deux principaux créanciers, les frères William et David Yuile en prirent possession pour la valeur de leur créance.


Relancée sous le nom de Excelsior Glass Company, elle employait alors jusqu’à 200 personnes, mais les nouveaux propriétaires n’appréciaient guère la région de Saint-Jean.
 
Biberon frabriqué par la Excelsior.

Les élus de Saint-Jean et d’Iberville eurent beau multiplier les promesses d’aide et de facilités diverses, la décision fut prise, dès 1879, de déménager l’entreprise rue de Lorimier, à Montréal, où elle fusionna avec une verrerie de Joseph Barsalou pour devenir la Dominion Glass.


Les emplois et les équipements ont suivi, laissant Saint-Jean avec une nouvelle friche industrielle et lui laissant enregistrer une nouvelle perte dans sa bataille économique contre Montréal.


mardi 9 mai 2017

AU TEMPS DES ANGUILLES...




En 1981, on capturait jusqu’à 73 tonnes d’anguilles dans le Richelieu.
 
C’était le bon temps, car l’anguille se vendait alors 10 000 dollars la tonne.

Pourtant, en 1996, on n’en capturait plus que 2 tonnes…

Le ver était en effet dans le fruit, car, en 1967, la reconstruction du barrage de Saint-Ours avait omis la remise en place d’un élément capital :  la passe migratoire. 

Bloquées par cet obstacle quasi-infranchissable, les anguilles revenant de leur lieu de reproduction dans la mer des Sargasses ne parvenaient plus à se rendre au lac Champlain pour y passer le reste de leur existence (environ 15 ans).


Cette bévue architecturale aura ainsi mis fin abruptement à une industrie vieille de 150 ans, marquée notamment par les installations de la société des pêcheries Thuot et Goyette.

Chaque printemps, cette entreprise installait ses pièges entre Iberville et Saint-Jean.


Jean-Baptiste et Pierre Thuot
La pêche elle-même occupait plusieurs personnes se livrant à des occupations d’apparence folklorique.

Au milieu de l’été, alors que les eaux du Richelieu sont au plus bas, on voit facilement dans le fond de la rivière les restes des installations de pierre ayant servi à fixer les nasses.

Peut-être pourront-elles encore resservir…

mardi 2 mai 2017

QUAND SAINT-JEAN PARTICIPE À LA GUERRE DES BOERS.

Guerriers Boers (source : Wikipédia)


Décidés à faire main-basse sur les mines d’or du Transvaal, en Afrique du Sud, et à éliminer les colons néerlandais (les Boers) installés là depuis le 17e siècle, les Britanniques se lancent, en octobre 1899, dans une guerre sans merci.

Pendant 3 ans, jusqu’en mai 1902, ils ravageront le pays tout entier, soulevant des vagues de protestations un peu partout au monde.

Le Québec n’est pas en reste, mais… les affaires sont les affaires.

La guerre du Transvaal est d’une brutalité sans égale et, à côté des fort nombreuses victimes humaines, elle consomme des quantités vertigineuses de chevaux.

L’Angleterre, n’arrivant plus à approvisionner ses troupes, se tourne vers ses colonies et anciennes colonies.

Un centre de ravitaillement équin est ouvert en Louisiane, pour des achats massifs, mais des acheteurs viennent aussi au Québec.

Le Canada Français du 9 mai 1902 nous apprend l’achat de nombreux chevaux destinés à L’Afrique du sud.

Or, on sait que l’espérance de vie de ces animaux ne dépasse pas 6 semaines une fois arrivés de l’autre côté de l’océan.
Soute insalubre (source :

Les bêtes sont en effet embarquées sans ménagement sur des rafiots de fortune, gardées dans des conditions malsaines et presque sans nourriture durant toute la traversée puis, dès leur arrivée, astreintes à de lourdes tâches sans même avoir le temps de récupérer.

Les pertes en mer sont également nombreuses et les bêtes sont balancées à la mer au fur et à mesure des pertes.
Source :


Voilà un autre épisode admirable de nos relations avec l’Angleterre.